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Le Merveilleux voyage de Rosetta (2)
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suite et fin -

Bonjour ! C’est encore moi, Rosetta. Pour les Amis qui suivent cette page vous vous souvenez certainement qu’il y a deux ans je suis venu vous présenter comme un Conte de Noël – et c’en est un !- L’extraordinaire histoire de mes dix années de voyage entre les planètes pour un rendez-vous avec la comète Tchoury, ce vénérable paquet de glace sale encore plus vieux que notre Terre. La rencontre avait eu lieu vers le mois de juin 2014. Mais nos routes ne faisant que se croiser, cette rencontre aurait été brève si les techniciens qui veillent sur moi n’avaient réussi habilement à me mettre en orbite à une dizaine de kms autour de Tchoury. Passons sur ces mois de manœuvres et sur l’énergie dépensée. Quand tout a été clair, j’ai pu envoyer Philae, le petit atterrisseur de 100 kg que j’emportais vers la comète où il s’est logé dans une crevasse mi ombre, mi soleil. Et voilà, en ce Noël 2014 tout était prêt pour ausculter la comète et ajouter de belles pages à l’étude de la naissance de notre système solaire. C’est sur cette promesse de moisson que je vous ai quittés.

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RAPPEL SOMMAIRE

Avant de redonner la parole à Rosetta et d’écouter sa vision imagée de la mission, quelques détails techniques et quelques chiffres sont indispensables pour bien situer ce remarquable projet spatial.

HORIZON 2000:
Programme scientifique sur 20 ans de l’Agence spatiale européenne (ESA) établi en 1984. Il prévoit notamment l’envoi d’une sonde vers une comète (Budget estimé 1 milliard d’€).

ROSETTA:
Sonde spatiale de 3 tonnes dont 1700 kg d’ergols pour les manœuvres. Construite par l’industrie européenne dont Astrium et Alcatel Alenia Space et lancée par Ariane 5G+ le 2 mars 2004 pour atteindre et être mise en orbite autour de la comète Tchouriomov Guerassimenko. Elle emporte 11 instruments de mesure auxquels plusieurs laboratoires français ont participé.

PHILAE:
Atterrisseur de 100kg fixé à la sonde et éjectable pour envoi sur le sol de la comète. Il emporte 10 instruments de mesure et communique avec la sonde pour envoyer ses résultats. Il pèse si peu sur la comète (1 g ?) qu’on lui a mis des griffes pour s’agripper sur ce sol glacé.

COMMUNICATION:
Autre défi: avoir des échanges à 650 millions de km. On fait au mieux sur la sonde avec une antenne de bonne taille (3m ) et surtout, sur terre, on mobilise les «grandes oreilles» de 35m de diamètre de la station New Norcia à Perth (Australie) ainsi que des stations du Deep Space pour communiquer à 8,4 Ghz.

PARCOURS:
Pour atteindre la comète, il a fallu 10 ans à la sonde Rosetta et quatre orbites autour du soleil à des distances de plus en plus grandes. On a profité des passages près de la Terre et de Mars pour gagner de l’énergie et accélérer un peu la sonde (assistance gravitationnelle). En début 2015, la sonde était en orbite autour de la comète à une dizaine de km et l’atterrisseur Philaé avait été envoyé et déposé sur le sol de Tchoury.

 

AU TRAVAIL ROSETTA

C’est de nouveau Rosetta qui vous parle.
En ce début d’année 2015 tout était prêt pour apporter aux nombreux scientifiques qui nous observaient les premiers résultats des instruments qu’ils m’avaient confiés voilà plus de 10 ans. Disons de suite qu’il serait trop long de décrire toutes les données intéressantes fournies par les 20 instruments de mesure que Philaé et moi avons emportés. Et d’ailleurs, il y aura encore de longs mois d’analyse avant de les avoir exploitées et d’avoir déchiffré leurs messages

TCHOURI ACCUEILLE PHILAE

C’est avec beaucoup de précautions que j’ai envoyé le petit atterrisseur vers le sol de la comète. Une descente lente à 3 ou 4 km/h pendant 7h et une arrivée en douceur. Et malgré cela, Philae a rebondi trois fois sans que ses griffes très élaborées lui permettent de s’accrocher. Plus dure que prévu la comète !! En final, une attitude de travers dans une petite crevasse et de l’ombre sur ses panneaux solaires. Tous les instruments marchent mais deux inconvénients: la batterie ne se recharge pas et la position de travers n’est pas favorable aux forages du sol qui étaient prévus. On aura quand même un bon mois de mesures.

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SATELLITE D’UNE COMETE

Ce satellite, c’est moi Rosetta  avec l’acrobatie qu’on me demande d’exécuter autour de la petite masse d’une comète qui a bien de la peine à me garder en orbite autour d’elle.
Les ingénieurs qui me surveillent apportent les petites corrections nécessaires: j’ai encore des ergols. Mais, il me faut vous conter ce jour où je leur ai échappé. C’est fin mars 2015. On s’approche du soleil et ça commence à chauffer sur la comète. Des gaz et des poussières se dégagent et lors d’un passage, ils masquent mes capteurs. Aveuglée, je me mets en sauvegarde et pars tout droit. Ils m’ont retrouvée à 400km et il a bien fallu 15 jours pour remettre tout en ordre. Ça a dû chauffer aussi dans les salles d’ops !

TCHOURI DANS TOUS SES ETATS

Le périhélie, passage au plus près du soleil est un moment important pour une comète. La chaleur va lui permettre de se draper d’écharpes lumineuses de poussières et de gaz ionisés. Cela s’est passé le 13 août 2015 et quelques mois autour de cette date, Tchouri a été en effervescence.  Elle qui éjectait quelques litres d’eau par minutes l’a dispersée par centaines de litres. Cela a même permis à Philaé de se réveiller un peu dans sa crevasse, malheureusement pour trop peu de temps.Inutile de vous dire que cette période a été très active pour moi Rosetta. Les scientifiques voulaient un maximum de données et mes instruments n’ont pas chômé.

 

MISSION ACCOMPLIE

Savez-vous qu’ils sont des milliers ceux qui ont travaillé sur le programme Rosetta ? Et le nombre de nationalités, je ne le compte plus ! De quoi être fière de ma mission. Mais, pour découvrir quoi ?
La liste est longue des éclairages nouveaux que mes mesures ont apportés aux scientifiques et je ne retiendrai que ceux qui m’amusent le plus.

EAU DE LA TERRE:
Un jour, il a fait si chaud sur Terre que toute forme d’eau a du disparaitre. On pensait que les comètes nous l’avaient rapportée. Le deutérium de Tchouri dit non ! Cherchons ailleurs.

MOLECULES ORGANIQUES:
Les gaz de la comète en contiennent beaucoup, mais pas de quoi amorcer les origines de la vie. Pour le fun, il n’y a pas d’alcool éthylique comme sur la comète Lovejoy. Pas drôle Tchouri !
Par contre, avec de l’eau bien sûr, du gaz carbonique, de l’oxyde de carbone, de l’ammoniac, du méthane, du méthanol, etc...

DECOUPAGE DE LA COMETE:
Je l’ai photographiée et analysée en détails et les scientifiques ont fait un joli découpage selon les caractéristiques physiques et la nature du sol. Et c’est l’Egypte ancienne qui donne leurs noms à toutes ces zones. Et je ne parle pas de son cœur de glace qu’on a sondé avec des ondes radio.

IDEES DE RECHERCHE:
C’est fou les idées que je vais leur avoir données pour lancer leur recherches dans le cosmos. On prépare Horizon 2020!

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FIN DU VOYAGE ?

1er OCTOBRE  2016 Bye bye Rosetta !! Ils n’ont plus besoin de moi et d’ailleurs je ne peux plus être très utile car ma comète repart vers ces froides régions où elle va se mettre en sommeil. Autant profiter de son accueil et terminer ma mission avec Philaé blottis sur Tchouri. C’est la dernière opération de ces pilotes qui me guident d’aussi loin. Doucement et sûrement avec un peu de regret, ils m’ont guidée vers cette comète que j’accompagne depuis si longtemps. J’ai pris mes dernières photos avant de m’installer sans heurt.
On revient dans 6 ou 7 ans, mais on nous aura oubliés.

 

CONCLUSION

Le programme Rosetta a apporté beaucoup d’informations scientifiques et techniques. Il a complété notre connaissance sur certaines comètes et fait avancer la vision actuelle des origines du système solaire. Il a fait l’objet de communications savantes et très probablement l’exploitation des mesures alimentera les publications scientifiques pendant encore des années. Ajouter une description technique dans cette Page aurait été superflu et sans grand intérêt pour les Amis qui la lisent.
Par contre, il fallait bien dire que ce programme qui s’achève pour le grand public a été suivi depuis trois ans avec enthousiasme dans les laboratoires, dans les écoles et dans la presse. Que Rosetta, Philaé et Tchouri sont devenus les héros d’une aventure passionnante avec ses attentes, son suspense et ses rebondissements.
Et dans notre société de communication, c’est l’image qui crée les vocations.
Tintin ne me dira pas le contraire !

Et comme dernier cadeau, Rosetta par l’intermédiaire de l’Agence Spatiale Européenne son mentor, nous offre un résumé de sa mission : regardez-le ! C’est une bonne conclusion.


La mission Rosetta s'achève : que nous a-t-elle... par LeNouvelObservateur

 

Textes : Jack Muller - Illustrations: Internet

crédits image: http://hubblesite.org/gallery http://www.esa.int/