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CONTE DE NOEL

Le Merveilleux voyage de Rosetta

Je me présente. Je m’appelle Rosetta, c’est un joli nom. Cela fait un peu danseuse de flamenco mais c’est mieux que Rosette, la vache en peluche des petits enfants. Je dois mon nom à une grosse pierre gravée il y a 2200 ans en Egypte qui a permis de comprendre les hiéroglyphes, ces curieux dessins que les Pharaons faisaient graver sur leurs obélisques. On dit que moi je suis encore plus forte puisque je vais peut-être (…je n’aime pas ce « peut-être » !) faire découvrir l’origine de la vie. Je ne vous l’avais pas dit: je suis une sonde spatiale. Mon domaine, c’est le système solaire. Je fréquente les planètes, les astéroïdes, et je vais même saluer Jupiter. La classe par rapport à ces satellites qui ne quittent jamais le giron de la Terre !

 

ROSETTA POUR VOUS SERVIR

Avant de vous parler de mes exploits, il faut que vous me connaissiez mieux. Ma conception a été difficile, mais c’est ma mère l’Agence Spatiale Européenne qui vers les années 2000 m’a prise sous son aile avec l’aide de toutes les Agences spatiales qui comme des bonnes fées se sont penchées sur mon berceau. Je ne parle pas des scientifiques qui doctement m’ont hérissée d’expériences et de capteurs pour que sur mon parcours aucune information utile ne leur échappe. Ils m’ont même fait un enfant, mais j’en parlerai plus tard.

Je suis un élégant parallélépipède, une grosse boite si vous préférez de 2 m x 2 m x 3 m de côtés avec deux ailes immenses de 15 mètres chacune qui sont mes panneaux solaires. Comme je vais rencontrer des températures de -150° et subir parfois un brulant soleil, je suis équipée avec des volets et des radiateurs pour garder une température raisonnable à l’intérieur. Sans oublier tous les dispositifs qui me permettent de connaître ma position dans l’espace et les petits moteurs fusées que j’utilise pour modifier et corriger celle-ci. Sans ces moteurs, pas de merveilleux voyage, tout juste la trajectoire banale d’un astéroïde. D’ailleurs, on a pris toutes précautions pour que ces moteurs ne manquent pas de carburant. Sur mes 3 tonnes, il faut compter 1700 kg d’ergols.

Comme vous voyez, je suis une luxueuse berline chargée de transporter en toute sécurité les charges utiles, ces expériences scientifiques qui donnent un sens à mes voyages. Je leur fournis le chauffage et l’électricité et j’assure leurs communications avec la Terre. J’ai une grande antenne de 2,2 m  de diamètre pour transmettre à ces distances. D’autres vous parleront mieux que moi des expériences que j’emporte et des objectifs ambitieux qu’elles ont. Mon rôle est de les mener à bon port et de leur permettre de remplir leur mission.

 

UNE JEUNESSE AVENTUREUSE

La comète de Halley de retour en 1986 a renforcé l’intérêt pour ces astres errants qui auraient apporté de l’eau sur la Terre il y a bien longtemps et qui y ont peut-être déposé les premières briques de la vie. Des sondes (Giotto, Stardust,) ont déjà étudié des comètes, mais d’assez loin. On va faire une sonde qui enverra sur l’astre un atterrisseur portant le plus possible d’instruments pour décrypter le mystère des comètes. Ainsi est née Rosetta. La sonde a été conçue et fabriquée dans les premières années de ce siècle. De nombreux pays  de l’ESA ont participé à sa réalisation (France, Allemagne, Grande Bretagne, Italie, …), ce qui fait de ce projet un bel exemple de coopération. La comète choisie porte le nom imprononçable de ses « inventeurs », nous l’appellerons du diminutif Tchoury.

ANNEE 2004
C’est moi Rosetta. Je reprends mon récit! Mon lancement vers l’espace a eu lieu en Guyane le 2 mars 2004 avec le lanceur Ariane 5G+ pratiquement fait pour moi. Je tourne autour du soleil, sur une orbite assez comparable à celle de la Terre. Mais il est vrai que je suis très loin de l’orbite excentrée de Tchoury  qui va jusqu’à la distance de Jupiter. Si on ne m’y a pas placée, c’est qu’il n’existe aucun lanceur  assez puissant pour le faire. Il va falloir être astucieux et se faire aider !!

ANNEE 2005
Nous sommes en mars,je reviens à proximité  de la Terre. Elle va surement m’attirer vers elle par sa force de gravité et essayer de me garder. Je sens très fort sa force d’attraction qui perturbe ma vitesse. Mais j’ai assez d’énergie pour lui échapper et je repars pour une nouvelle orbite avec un peu de vitesse supplémentaire que j’ai chipée à cette grosse boule. Ce n’est pas cela qui va la perturber, et moi je me rapproche de Tchoury. Au passage, on me demande de photographier la lointaine comète Tempel le 4 juillet au moment où l’américain Deep Impact célèbre la Fête Nationale en lui jetant un bloc de 300 kg de cuivre pour le spectacle (scientifique). On dit que j’ai bien réussi la photo de ce beau feu d’artifice.

ANNEES 2006 et 2007
Rien en 2006, il faut bien reprendre son souffle et apprécier cette nouvelle orbite. L’année 2007 commence bien car je vais passer près de Mars et pourquoi ne pas lui prendre un peu d’énergie pour augmenter ma vitesse. Succès total en février. Je me rapproche de l’orbite de Tchoury. Et cette année est propice puisqu’en novembre, c’est la Terre qui de bon gré me donne un deuxième coup de pouce.

ANNEES 2010
C’est bien beau de m’envoyer admirer Jupiter, mais il faut traverser le passage mal pavé de la ceinture de Kuiper des astéroïdes. J’ai déjà rencontré Steins, un caillou peu intéressant et voilà qu’en juillet, je croise Lutetia. Quand je dis « je croise », il est à 3000 km, mais c’est peu dans l’espace. C’est un beau pavé de 100m de côté façonné par le temps et les nombreuses collisions de météorites.  Quelques belles photos de plus et nos routes se séparent.
Nous arrivons en 2011, voilà sept ans que mes concepteurs me guident dans le système solaire. Ils ont bien travaillé et je suis sur la bonne orbite pour dans deux ou trois ans rencontrer Tchoury et remplir ma mission. Alors, je vais m’économiser.
En juin 2011, la plupart de mes organes sont mis en sommeil. Me voilà transformée en Belle au bois dormant !

 

SUR LES PAS DE LA COMETE

Alors que je dors, mes mentors s’affairent pour préparer le grand rendez-vous. Nous sommes déjà en 2014 quand les conditions pour aborder Tchoury sont rassemblées.

20 JANVIER
La Terre sonne mon réveil général et vous ne pouvez pas imaginer quelle joie a déclenché mon premier bâillement. Après avoir vérifié que ce sommeil n’a pas perturbé mes organes, elle lance la course à la comète. C’est une opération difficile qui va dépenser beaucoup d’énergie. Je ne regrette pas mes réserves de carburant ni les petits moteurs qui me rendent si habile.

6 AOÛT
Une dernière manœuvre et je suis dans le sillage de Tchoury. La comète est en vue depuis un mois et je peux faire un festival de photos. Une comète ce n’est pas plus beau qu’une boule de neige crasseuse, mais puisque cela plait aux scientifiques, je continue mon voyage et me rapproche davantage.

AOÛT- SEPTEMBRE
Je me croyais arrivée, mais pas du tout! On me demande de tourner autour de ce glaçon, me mettre en orbite, si vous voulez. Et là, il va falloir tous les talents de mes créateurs pour le faire autour d’une masse qui a si peu de force d’attraction. Les manœuvres vont durer un mois à coups de corrections successives. Vous n’imaginerez pas les contorsions qu’il m’a fallu faire pour être sur une orbite circulaire à environ 10km de la comète à la mi-octobre.
Je l’étudie en détail et je suis prête pour la suite.  En avant, Rosetta !!

 

MON FILS PHILAE

Je vous avais promis une surprise en évoquant ce rejeton que j’emporte avec moi depuis 10 ans. Il ne vous a pas échappé puisqu’il est accroché à mon flanc et que je lui donne chaleur et énergie pour le garder en forme. Il porte le grand espoir de ceux qui m’ont conçu, il est leur messager qui ira se fixer sur la comète et raconter l’histoire que lui rapportera cette grande voyageuse. A moi ensuite de la révéler aux grandes oreilles de la Terre qui guettent mes messages. Il parait qu’elles ont 35 m de diamètre et me suivent depuis l’Australie et la Californie.
Mais revenons à Philaé. C’est un petit messager d’à peine 100 kg qui est plein de ressources pour étudier  Tchoury. Je vais l’envoyer vers la comète en choisissant une zone bien plate pour qu’il puisse faire convenablement ses mesures. Comme il ne pèse pas plus d’un gramme pour la comète, il pourrait être  emporté par le moindre jet de gaz craché par ce tas de glace. Ils l’ont compris et il a des crochets au bout des pattes pour s’agripper comme une puce sur le dos d’un chien.

12 NOVEMBRE
C’est le grand jour. Philae m’a quittée et descend lentement à 1m/s vers la comète. Il lui faut 7 heures pour arriver et annoncer qu’il est posé. Ce n’est pas de tout repos et ce grand benêt a de la peine à accrocher ses pattes, mais il est vrai qu’on ne lui avait pas dit que le sol serait si dur. J’envoie tout de suite la bonne nouvelle aux grandes oreilles. A l’autre bout, ils trépignent d’impatience. Tant de travail pour cet instant. Il leur faudra quand même attendre 28 mn, on ne transige pas avec la vitesse de la lumière et ils sont à au moins 650 millions de km !!

 

LE TEMPS DES MOISSONS

Je tourne autour de Tchoury et je suis la comète dans son grand voyage dans le système solaire. Philae s’est posé et a commencé avec quelque peine à recueillir ses informations. Nous allons continuer ainsi et nous efforcer de rapporter le plus possible de données scientifiques à ceux qui nous ont envoyé si loin. A la mi-août 2015, la comète sera au plus proche du soleil (périhélie). Ça va chauffer et les émissions de gaz et sublimations de glace vont faire un spectacle autour de Tchoury, je serai là pour en parler.
Ensuite, j’aurai rempli ma mission et je pourrai calmement visiter l’Univers dans le sillage de ma comète.

 

Le récit de Rosetta s’arrête là. Nous vous l’avons rapporté parce qu’il rend justice à de grands serviteurs de la recherche spatiale souvent ignorés. Ce sont les véhicules spatiaux et toutes les servitudes qu’ils emportent pour le confort, l’alimentation et le bon fonctionnement des charges utiles scientifiques ou commerciales. Cet hommage va bien évidemment à toutes les équipes qui conçoivent, réalisent et font fonctionner ces magnifiques vaisseaux spatiaux. Pour les remercier, Rosetta a promis d’accompagner le Père Noël jusqu’à leur cheminée. C’est la moindre des choses.

Joyeux Noël

 

Tous les détails  sur   http://fr.wikipedia.org/wiki/Rosetta_(sonde_spatiale)

le voyage de Rosetta http://sci.esa.int/where_is_rosetta/

 

Textes : Jack Muller - Illustrations: Internet

crédits image: http://hubblesite.org/gallery http://www.esa.int/