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PETIT PHILOU !

Tant de mois passés avec Rosetta, sa famille et Tchouri avec qui elle s’est liée d’amitié nous autorisent un peu de familiarité pour ce merveilleux projet européen qui ne finit pas de nous étonner. Cette Page vous a déjà parlé de la sonde et son voyage  au long cours de 11 ans. En ce mois de juin 2015, alors que le soleil darde de plus en plus fort sur la comète, c’est Philaé  le petit atterrisseur installé en intrus sur cette boule de glace charbonneuse qui a la vedette. Après des mois de silence par manque d’énergie électrique, l’émissaire de Rosetta vient de donner signe de vie et de commencer à faire passer des informations au centre de contrôle. Ce réveil, un peu inespéré, comble les scientifiques et les ingénieurs et font du programme Rosetta un succès complet. On va beaucoup parler de Philaé et c’est une bonne raison pour vous le présenter un peu plus en détail et parler de son programme.

 

AUTOUR DU NOM

Ce nom, généralement peu connu est celui d’une petite ile située sur le Nil en haute Egypte au voisinage d’Assouan. Depuis –380 Av. JC  elle était consacrée à la déesse Isis et un temple et divers monuments y ont été construits. Le culte ne fut abandonné que vers 300 Ap JC. Dans les années 60, la construction du haut barrage d’Assouan conduisant à la disparition de Philaé sous les eaux, l’ONU fit transporter pierre par pierre les principaux monuments sur une ile voisine plus élevée. Le temple admirablement décoré est un haut lieu de visite touristique.

Vivez en images l'aventure de Philae

 

MAIS POURQUOI CHOISIR PHILAE?

Parmi les monuments figurant sur l’ile, il y avait un petit obélisque que William Bankes un riche Anglais fit transporter en 1818 dans sa propriété de Kingston Lacy dans le Dorset. Ce monument comporte en plus des hiéroglyphes un texte en grec sur sa base. Loin de valoir la pierre de Rosette, il fut néanmoins exploité par plusieurs égyptologues au moment où l’on tentait de déchiffrer l’écriture égyptienne.
C’est à la suite d’un concours ouvert aux jeunes Européens en 2004 que Philae fut choisi par le projet comme nom du petit atterrisseur.

Mais pour en savoir plus, écoutez Serena, la jeune Italienne de Milan qui avait fait cette proposition qui lui valut un beau voyage à Kourou.

Elle fait des études en aérospatiale. Philaé à une sympathique marraine.

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DESCRIPTION DU LANDER

L’atterrisseur Philaé vous a été brièvement présenté dans la description de Rosetta. Rappelons ses caractéristiques importantes et celles des dix expériences qui l’équipent.

VEHICULE ET SERVITUDES

Trois principales contraintes pour définir le véhicule: température à supporter, énergie utile aux servitudes et aux expériences et poids maximal autorisé. Pour la température, l’isolation des équipements a été très soignée et des volets récupérateurs de chaleur permettent de profiter au mieux des périodes d’ensoleillement. L’énergie en fonctionnement permanent est fournie par une batterie de 130 Wh alimentée par des panneaux solaires. Elle va dépendre de l’attitude de Philaé sur la comète. Pour le poids, fibre de carbone et nid d’abeille sont utilisés pour laisser le maximum (28 kg) aux expériences. Enfin, il n’y a qu’une petite mémoire 12Mbits de stockage et un émetteur de 1 Watt pour envoyer les données à la sonde Tchouri qui fait la liaison avec la Terre.

ACCROCHAGE SUR LA COMETE

Il faut rappeler la descente périlleuse de l’atterrisseur lancé à faible vitesse depuis la sonde en direction de la comète. Très peu de force de gravité pour l’attirer et surtout pour le retenir s’il rebondit sur un sol dur. Ses trois pattes qui lui ont permis d’amortir le choc d’arrivée sont terminées par des harpons qui devaient l’aider à s’arrimer au sol. Le bel accrochage n’a pas eu lieu et Philaé s’est retrouvé dans une zone encaissée peu propice aux expériences. Mais, ce triste incident a été bénéfique puisque Philaé a été  protégé d’un soleil devenu brulant qui aurait dû le détruire depuis longtemps. Son attitude exacte est encore mal connue et les liaisons avec la sonde sont un peu plus compliquées.

LES EXPERIENCES SCIENTIFIQUES

Elles sont au nombre de dix. Elles ont été choisies pour obtenir le plus de données utiles.
Une description détaillée et plus de précision sur les résultats recherchés figurent sur le site Rosetta
Sans entrer dans ces détails compliqués, citons quelques-uns des équipements installés: 8 caméras de divers types, plusieurs spectrographes,  sondeur radar, magnétomètre, analyseur chimique, etc. Il sera plus intéressant de les situer dans la mission de Philaé.

 

LA MISSION DE PHILAE

Etudier les comètes de l’extérieur par les divers rayonnements qu’elles émettent  et les gaz et les poussières qui s’en échappent permet de rassembler beaucoup d’informations sur leur origine et leur composition. Néanmoins, l’idéal serait de se poser sur l’astre, de faire des mesures in situ et si possible de sonder sur une certaine profondeur la surface de la comète. Le “lander” Philaé est le premier équipement à réussir ce périlleux accrochage et à donner des informations sur le sol d’une comète. Philaé qui pèse tout juste 100 kg emporte des équipements scientifiques qui sont des merveilles de légèreté et de fiabilité et qui permettent de réaliser un programme de mesure très complet.
Résumons le travail confié à l’atterrisseur.

OBSERVER

C’est le premier objectif qui couvre de l’infra-rouge aux rayons X et qui met en jeu des caméras, des spectromètres, un microscope pour bien connaître l’environnement et la position de Philaé. Des données scientifiques et une aide pour réaliser les autres expériences. Les appareils sont CIVA, ROLIS, APXS, ..

 

MESURER

C’est l’étape importante qui établira les caractéristiques du corps de la comète et répondra à certaines questions sur ses origines et les rapports des comètes avec la Terre. On relèvera la densité, les propriétés mécaniques et thermiques du sol, les caractéristiques magnétiques, la réponse à un sondage radar et par ondes sonores, etc. Les appareils sont CONCERT, ROMAP, MUPUS, SESAME, etc..

 

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ANALYSER

En intervenant sur la matière de la comète, les études seront poussées plus loin. Un forage sur une profondeur de 25 cm est prévu et les gaz, les poussières et la matière seront analysés. Des échantillons seront observés au microscope, d’autres seront surchauffés pour étude chimique. Les appareils sont la foreuse SD2 et les équipements COSAC, PTOLEMY, ...
Ces moyens permettent une large gamme  d’étude de la comète Tchouri  et il faut espérer que les conditions seront réunies pour en réaliser le maximum.

 

PROGRAMME FUTUR

Avant de parler de nouvelles recherches, il faut rendre justice à Philaé en indiquant qu’avant de s’arrêter faute d’énergie le 15 novembre 2014, il a commencé brillamment son programme de recherche et remplit selon les scientifiques une bonne partie de sa mission en utilisant une petite réserve d’énergie sous forme de pile destinée à assurer son installation et son démarrage. Puis ce fut un long sommeil de sept mois  jusqu’à ces derniers jours où il vient de se manifester. Ses organes fonctionnent bien, la température d’environ – 30 ° est très favorable  et ceci permet d’espérer un bon démarrage des expériences et une moisson de résultats scientifiques. Mais, ce signe favorable n’est qu’un début et il reste encore des étapes délicates à franchir avant de pouvoir lancer le fonctionnement complet de Philaé.

MISE EN CONDITIONS

Deux communications de quelques minutes ont confirmé le réveil de Philaé, mais s’y ajoutent deux points importants: la position de la sonde Tchouri qui reçoit le signal n’est peut-être pas optimale pour cette liaison et l’énergie dont dispose l’atterrisseur est encore insuffisante pour faire des mesures scientifiques. Il faut encore du temps qui se comptera en semaines pour trouver des conditions favorables au début des expériences.

PROGRAMME SCIENTIFIQUE

Ce programme sera décidé en fonction des conditions réunies après l’échauffement solaire, la charge de la batterie ainsi que le choix de la meilleure position pour la liaison avec la sonde. De nombreuses mesures restent à faire et en particulier le forage du sol de la comète qui n’a pas réussi en novembre. Pour cela il faut modifier prudemment l’attitude de Philaé dont la fixation sur la comète reste précaire.  Le programme sera établi progressivement et les scientifiques espèrent disposer d’au moins 2 mois pour mener à bien ces expérimentations.

 

CONCLUSION

Avec le rover Curiosity sur Mars et la sonde Rosetta, la recherche spatiale nous a offert deux belles aventures avec leur lot de découvertes, de surprises et de retournements inattendus. Bien que conçus et réalisés sur des techniques à la pointe de la recherche et de la technologie, ces programmes  se déroulent comme des romans de science-fiction  et ont toutes les qualités pour enthousiasmer les plus jeunes et leur donner le goût  des sciences.

Avec le grand livre de l’Espace, réinventons Jules Verne!

 

 

Textes : Jack Muller - Illustrations: Internet

crédits image: http://hubblesite.org/gallery http://www.esa.int/