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New Space

le spatial nouveau fait rêver les entrepreneurs...

Une premiére : la deuxième fois...

Amis de la francophonie, savez-vous ce qu’est le « New space », littéralement « espace nouveau ».

A la tête de géants de l’Internet ou de toutes jeunes startups, ces nouveaux entrepreneurs passionnés d’espace n’ont peur de rien.  Ils veulent tout simplement changer la donne...

Des rêveurs ? Des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient. Pas toujours…

Elon Musk et SpaceX viennent d’en apporter une nouvelle démonstration le 30 mars 2017 en réussissant pour la première fois le lancement d’une « fusée d’occasion », plus précisément un lanceur Falcon 9 dont le premier étage avait déjà été lancé un an plus tôt.

« Disruption ? » L’anglais est incontournable pour cette tendance venue de la Silicon Valley et qui commence également à faire des émules en Europe.

Lancement, récupération, nouveau lancement...
Le 30 mars 2017, une première pour SpaceX :
une fusée Falcon 9 équipée d´un premier étage qui a déjá volé met en orbite le satellite SES 10.
A gauche, la récupération du premier étage en avril 2016.
Le premier étage a á nouveau été récupéré. Crédit image : SpaceX

 

Disruption : Larousse ou la blonde ?

Pour le dictionnaire Larousse, disruption est synonyme de claquage disruptif, á savoir un claquage électrique détruisant localement le caractère isolant d´un milieu. Content ?

Le Petit Robert a inclus le mot disruption dans la liste des mots nouveaux de l´année 2017
(http://www.lerobert.com/docs/2017-CP-mots-nouveaux.pdf), á côté de "ubériser", "hackaton", "fablab" ou encore "droniste".

La définition de Disruption selon le Petit Robert

 

Le mot anglais disruption peut se traduire par perturbation. De fait, dans le domaine de l’innovation, il est question de perturbation sévère voire de rupture. En latin, le verbe disrumpere signifie briser en morceaux, faire éclater, détruire…

Il ne s’agit donc pas d’innovation incrémentale mais bien de rupture totale avec les modèles existants.

En communication et marketing, le mot disruption apparaît dans les années 90 : Jean-Marie Dru dépose ce terme pour protéger la « méthodologie créative » que BDDP (aujourd’hui TBWA) proposée à ses clients. En 1997, Clayton Christensen, introduit dans son livre “Innovator’s dilemma” la notion d’innovation disruptive. 

Les approches disruptives de l’innovation reposent sur des idées non conventionnelles : par exemple l’ouverture (faire appel à des ressources ou des compétences externes)  et les partenariats, le changement structurel, les prix, le modèle d’affaire (business model), l’anticipation des grandes tendances, les données, les services, etc.

 

New space : nouveaux entrepreneurs, nouvelles approches et nouveaux clients...

Dans le domaine spatial, on parle de "New space", "entrepreneurial space" ou encore de commercial space.

On peut dire que cela a démarré avec les initiatives privées de tourisme spatial (vol suborbital) et de nouveaux moyens d´accés à l´espace, visant une réduction drastique des coûts et une offre adaptée aux tout petits satellites.

Il n´y a pas de miracle ni de magie : les nouveaux entrepreneurs sont confrontés aux mêmes lois de la physique et aux mêmes contraintes de l"environnement spatial ou d´accés á l´espace que les acteurs plus traditionnels. Mettre 1 kg en orbite reste un sacré défi. Le faire fonctionner quelques années également...

Lois de la physique, accès à l’espace, contraintes de l’environnement spatial
et absence de station-service (jusqu’à présent) : les défis à relever par les nouveaux
chercheurs d’or du spatial

 

La réduction des coûts passe souvent par une production de masse ou une augmentation du nombre de lancements : Au lieu de 10 satellites, on évoque des constellations de 100 voire 1000 satellites. Au lieu de rechercher une très haute fiabilité comme sur satellites classiques, les nouveaux entrepreneurs parlent de satellites « jetables », qu’on remplace quand il tombe en panne.

Cet « espace nouveau » peut être résumé de la manière suivante : il s’agit d’initiatives privées, plutôt indépendantes des gouvernements (éventuellement en tant que client) et des grands industriels. Il est question de faire plus vite, plus petit et moins cher pour élargir la base de clients et d’utilisateurs, parfois avec l’ambition de toucher un large public (B2B voire B2C). Google Earth est passé par là…

New Space : une nouvelle approche. Comparaison avec les pratiques actuelles
dans le cas des satellites. Crédit : Gédéon

 

Petit poisson deviendra grand : on rencontre souvent le terme barbare « scalabilité » pour caractériser les offres des startups. Par exemple, une constellation de 60 satellites qui fournit un premier niveau de service dès que 2 ou 3 satellites sont mis en orbite.

Un élément essentiel est la convergence entre le spatial et les technologies de l’information, avec de nouvelles initiatives destinées à développer massivement les services d’information utilisant les données du spatial.

Amorçage (seed) et séries A, B C : on voit surtout apparaître un nouveau mode de financement avec les fameux VC.

 

Ne pas prendre les VC pour des gens ternes…

VC. Prononcez « Vissi ». Venture Capital ou Capital-risque de ce côté de l’atlantique.

Très actifs aux Etats-Unis, ils commencent à se développer en Europe : Airbus Ventures, Apeiron Investment Group, Space-tec Capital, Luxembourg Business Angel Network, Maxfield Capital, Seraphim, Partech Ventures, Deutsche Ventures, Space Angel Networks, Early Bird Venture Capital, Asgard, Practica Capital, etc.

 

Dans ma bulle, des diams ou des dollars ?

Swiss Space Systems, Firefly Space Systems : toutes les startups ne survivent pas… Alors qu’on assiste aux premières faillites ou à des mouvements de consolidations dans le spatial commercial, faut-il parler de bulle, un peu comme celle de l’Internet au début des années 2000 ?

Pendant la conférence Satellite 2017 à Washington, Chris Quilty, président de Quilty analytics,  a abordé le sujet de la surcapacité en posant la question de manière très directe : “Does the world need 50 new launch companies and 30 LEO constellations? In that context, a good number of those companies will not exist five years from now.”

Le VC est de retour

Pourtant, l’enthousiasme des entrepreneurs et le niveau d’investissement privé reste à un niveau très élevé dans le monde et commence à se développer significativement en Europe, avec des sociétés de capital-risque qui apprécient la créativité européenne et trouvent les prix moins élevés que dans la Silicon Valley...

Néanmoins, le « venture capital » accessible aux Etats-Unis reste six fois supérieur à celui disponible en Europe.

Malgré les succès très médiatisés de quelques milliardaires passionnés du spatial, comme Elon Musk avec SpaceX et Jeff Bezos avec Blue Origin, le capital-risque dans le domaine spatial, avec 3 à 5 ans de recul, est encore un peu jeune pour tirer un premier bilan. Amorçage (Seed), Series A, Serie B… peu de jeunes-pousses ont fait un parcours complet.

On peut s’attendre à un mouvement de consolidation. La cession en février 20127 de Terra Bella à Planet est un bon exemple. Google avait investi 500 millions de dollars en 2014 dans la startup alors nommée Skybox Imaging, une des premières startups à s’attaquer au marché de la très haute résolution et à proposer d’acquérir de courtes séquences vidéo depuis l’orbite basse.

D’autres investisseurs restent optimistes, notamment en Europe où le nombre d’incubateurs ou accélérateurs spécialisés dans l’espace commercial a été multiplié par 10 en 3 ans : il y en aurait une quarantaine.

La France n’est pas en reste : Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space, les deux grands maîtres d’œuvre de satellites ou Airbus Safran Launchers ont pris conscience du changement : la définition d’Ariane 6 a été influencée par le dynamisme de SpaceX. Ils ont su aussi saisir de belles  opportunités comme O3B ou Oneweb. Du côté des startup, la dynamique est plutôt du côté des technologies pour les systèmes spatiaux ou pour les services innovants utilisant les données spatiales. Chaque grande manifestation (Paris Air Show, toulouse space show ou CNES innovation day par exemple) est l’occasion de découvrir de nouvelles initiatives.

Les VC dans l’espace(1)

L’investissement massif de Google en 2014 dans Skybox a joué le rôle de déclencheur.
Et l’année suivante marque un tournant : c’est en 2015 que les investisseurs privés ont vraiment commencé à miser sur le spatial, jugé jusqu’alors trop risqué et trop peu rentable.

2015 a été une année exceptionnelle pour le Capital-Risque : selon une étude de Tauri Group parue en janvier 2016, le total de l’investissement et du financement de la dette a attaint 2,7 milliards de dollars en 2015 (2,3 milliards hors financement de la dette).

Le capital-risque investi en 2015 (1,8 milliards de dollars) a dépassé le montant cumulé investi au cours des quinze années précédentes (près du double). 50 sociétés de capital, un nombre record, ont participé à ces investissements en 2015.

La tendance se confirme en 2016, le réseau Space Angels Network vient de publier ses estimations : près de 2,8 milliards de dollars d’investissement privé (hors dette) dans les activités spatiales en 2016. Au total, cela représente plus de 7 milliards sur les cinq dernières années.

(1) clin d’œil au livre « Comment fait-on pipi dans l'espace ? » de Pierre-François Mouriaux,éditions Fleurus, 2016

 

L’arbre qui ne cache pas la forêt

Evidemment, quelques poids lourds, plutôt dans le domaine du « broadband » (l’Internet à haut débit par satellite) accentuent la tendance : Google a investi un milliard de dollars dans Space X, la société d’Elon Musk et le fonds Fidelity a amené 500 millions à Oneweb.

L’intérêt pour les données acquises par les systèmes spatiaux et l’idée que ces données pourraient déboucher sur des activités très rentables font leur chemin, avec des investissements significatifs dans des sociétés comme Spire, Planet, Orbital Insight, BlackSky Global ou Mapbox.

Dans le domaine de l’observation de la Terre, la plupart des nouveaux acteurs combinent les constellations de satellites (plus ou moins petits) et les plateformes d’exploitation et de valorisation de ces données.

Tous les mots-clés à la mode sont repris dans les “pitch” de ces startups: bid data, data analytics, machine learning, deep learning, etc.

Une des grandes tendances en observation de la Terre est la recherche d’une plus haute fréquence de rafraîchissement des images (tous les jours voir encore plus fréquemment), alors que les acteurs traditionnels comme Airbus Defence and Space ou Digital Globe ont plutôt privilégié la recherché d’une plus haute résolution.

L’autre tendance est la volonté de toucher un plus grand nombre de clients, voire le consommateur final ou le grand public, en s’intéressant à des marches très variés : environnement, climat, agriculture, transports, finance, activité économique, etc.

Les entrepreneurs les plus habiles et les plus précoces sont devenus riches en revendant tout ou partie de leur société à des investisseurs à l’affût de bonnes affaires.

Space Invaders : beaucoup de candidats pour devenir le nouveau champion de l’observation
 de la Terre. Qui survivra ? Quel modèle sera le bon ? La consolidation a commencé.
Extrait d’une présentation faite pendant l’IAC 2017 à Guadalajara.

 

Retours aux fondamentaux

A ce jour,  comme dans d’autres domaines de l’innovation, ce sont les perspectives de valorisation future des startups  qui attirent les investisseurs et motivent peut-être une partie des nouveaux entrepreneurs. Avec le temps et les premiers retours d’expérience, le réalisme et la crédibilité des plans d’affaire (business plans) des nouvelles entreprises du spatial commercial vont être des critères plus importants et les investisseurs vont devenir plus sélectifs.

La vraie question est donc de savoir quelles nouvelles entreprises du spatial vont tenir leurs promesses en termes de revenus de leur activité et de capacité à monétiser les nouvelles informations et les nouveaux services qu’ils proposent.  

Il faudra aussi regarder de près ce que sera l’impact des éventuels nouveaux champions du spatial sur les acteurs existants, qu’il s’agisse des industriels du spatial ou les institutionnels et les agences. Très récemment, Oneweb et Intelsat ont annoncé leur intention de fusionner. Le New space entre dans la cour des grands…

La NASA, l’ESA, le CNES et les autres agences spatiales sont aussi en première ligne : leur rôle a déjà commencé à évoluer et cette tendance  va certainement s’accentuer.

En Europe, il est plutôt réjouissant de voir le dynamisme des jeunes pousses mais aussi la capacité des industriels européens du spatial à saisir les opportunités, par exemple dans Oneweb, O3B ou Iridium Next.

Les années qui viennent nous vont être passionnantes et nous réservent certainement quelques surprises…

 

En savoir plus :

Sur le blog Un autre regard sur la Terre, un article sur la conférence Disrupt Space à Berlin en mars 2017.
http://regard-sur-la-terre.over-blog.com/2017/03/disrupt-space-2017-a-berlin-le-spatial-nouveau-fait-rever.html


Sur le site du magazine fortune, un article sur les investissements privés dans le spatial en 2015 : VCs Invested More in Space Startups Last Year Than in the Previous 15 Years Combined.
http://www.fortune.com/2016/02/22/vcs-invested-more-in-space-startups-last-year.

 

Sur le site de Brycetech, l’étude de Tauri Space sur les startups du spatial : “Start-Up Space: rising Investment in Commercial Space Ventures”. 
https://brycetech.com/downloads/Start_Up_Space.pdf

 

 

Textes : Gil Denis- Illustrations: Internet

crédits image: http://hubblesite.org/gallery http://www.esa.int/