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Les militaires et l’espace

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L’accès à l’espace est une retombée de la course aux armements de la Guerre froide et les militaires se sont intéressés très vite aux applications qu’ils pourraient trouver pour ce nouveau domaine. Leur intérêt a porté d’abord sur l’exploitation des résultats des satellites civils comme la météorologie et l’observation de la Terre et rapidement, ils ont développé des engins secrets mieux adaptés à leurs besoins. Les Etats-Unis et l’URSS ont été les premiers a utiliser ces satellites “espions”, mais depuis peu de nombreux pays dont la France se sont équipés de ces moyens notamment pour les télécommunications protégées des forces armées ou la reconnaissance des moyens civils et militaires des autres pays.

 

Généralités

Espace démilitarisé : jusqu’à quel point?

Dès les années 60, de nombreux pays ont demandé à l’ONU que l’espace soit une zone neutre où aucun pays n’installe des armements. S’il y eu un presque-consensus pour la Lune et l’espace lointain, on fut loin d’obtenir un accord pour la zone circumterrestre. Il existe néanmoins un traité sur l’espace de 1967  qui est un premier pas vers la démilitarisation mais qui est régulièrement remis en question. Mais, quelles sont les applications militaires de l’espace?

Satellites armés

L’idée de bombes atomiques en orbite n’a pas été conservée longtemps car, en orbite basse elles étaient très vulnérables aux tirs de missiles et en orbite élevée, la faible maniabilité n’est pas compatible avec une guerre éclair. Les moyens terrestres,  aériens et les sous-marins sont beaucoup plus efficaces pour ce type de conflit.

Satellites de reconnaissance

Reconnaitre (c’est regarder sous toutes les formes!) ce qui se passe dans un pays voisin, c’est de l’espionnage. Il peut être militaire, mais aussi politique et économique, ce qui est le plus courant actuellement . Dans ce domaine, il n’y a pas de limite à l’intrusion des satellites. On va balayer tout les secteurs du  spectre électromagnétique qui peuvent fournir des informations: images visibles et infrarouges, transmissions de sons, d’images, de documents, etc..., relevé des émetteurs locaux (radars, émetteurs divers,).

Satellites de communication

C’est la première application qui a retenu l’attention des militaires. Les techniques sont proches de celles des moyens civils, mais les satellites sont durcis contre les agressions extérieures et les systèmes de codage sont très sophistiqués. En plus des liaisons de commandement et  du service opérationnel en cas d’intervention militaire, ces satellites forment un réseau de transmission discret au service des Etats.

Satellites de positionnement.

Il s’agit de systèmes qui vont permettre de déterminer les coordonnées géographiques d’un équipement terrestre généralement de petite dimensions (balise). Le plus connu est le réseau GPS (Global Positioning System) mis en place par les militaires U.S. et utilisé notamment pour repérer avec une grande précision des cibles  dans les conflits armés.

 

D’énormes moyens au sol

Même si les satellites militaires se comptent par centaines, ils ne sont qu’une petite partie du système dont l’essentiel se trouve dans les moyens terrestres. Il y a tous les équipements qui sont nécessaires pour exploiter les satellites, mais aussi l’arsenal de moyens qui vont tracer, surveiller et espionner les systèmes spatiaux des autres pays.

Exploitation et contrôle des satellites

Comme pour les applications civiles, les satellites militaires ont besoin d’une infrastructure sol pour les surveiller, les contrôler et faciliter leur exploitation. Il faut ensuite compter tous les outils d’exploitation et la gamme est évidemment très variées en fonction du type de satellite. Comme toujours, c’est la course à la performance pour avoir une longueur d’avance sur les concurrents tant dans la protection du secret que dans la précision et  la miniaturisation des matériels. Bancs d’essai de ces équipements, les conflits régionaux (Irak, Afghanistan,..) ont montré combien les armées modernes étaient tributaires des moyens satellites.

Surveillance et espionnage

La première information importante pour les armées est de connaitre tous les satellites en orbite autour de la Terre et de les identifier par leur pays d’origine et par leurs fonctions. Suivre les satellites militaires  apporte aussi des informations sur les intentions et les objectifs du pays utilisateur. C’est une mission de sécurité normale pour un pays.
Aussi discrets qu’ils soient, les satellites, notamment de télécommunications ne peuvent dissimuler leurs émissions d’ondes et des stations terriennes ou d’autres satellites peuvent capter leurs signaux et les informations qu’ils transportent. Cette opération moins anodine est de l’ espionnage des transmissions. Elle s’appuie sur des programmes informatiques très élaborés pour trier les informations collectées. A noter que des sous-marins spécialisés peuvent faire de même sur les câbles sous-marins.

Ces actions de renseignements couvrent en plus des besoins militaires des objectifs politiques, commerciaux et économiques. 

 

Les Grands Programmes

 

 

Les militaires vont utiliser toutes les ressources offertes par les programmes civils (météo, observations, communications)  et développer leurs propres programmes. Longtemps réservés à la défense, ces programmes se sont ouverts au moins en partie aux applications civiles

 

Programmes des U.S.A.

Les Etats Unis ont de loin le plus important programme de satellites militaires. Il est sous la responsabilité de DoD – Département de la Défense (Télécom et GPS) soutenu par le NRO (National Reconnaissance Office) pour l’observation et l’écoute et par le NGA  (Geospatial Intelligence) pour le traitement de l’imagerie. Il bénéficie en outre des données des satellites civils.
C’est près de 40 milliards de $/an.

Types de satellites

Couvrant tous les domaines, ce programme exploite plus de 80 satellites. Certains  sur des orbites souvent très basses pour la reconnaissance qui doivent être renouvelés souvent, d’autres en position géostationnaire  et certains en réseau  comme le GPS , bien connu des automobilistes. Quelques exemples:  AEHF pour les télécommunications, MUOS pour la surveillance des liaisons téléphoniques et la série des USA 2xx  dont les missions sont classifiées.

Réseau terrestre

Les stations et les centres d’exploitation couvrent les 5 continents dans le cadre d’accords internationaux ou par des navires équipés. Un dispositif appelé ECHELON surveille toutes les communications internationales. A noter qu’il est complété par des sous-marins faisant de même sur les câbles intercontinentaux. Ce système d’espionnage de la NSA (National Security Agency) souvent plus économique et politique que militaire suscite régulièrement les protestations des Etats amis surveillés.

Navette expérimentale

D’autres dispositifs sont mis en expérimentation par les militaires. On peut citer la mini navette X37  qui n’a fait que des vols expérimentaux non habités, mais qui détient le record de durée en orbite avec 469 jours. Il y a derrière ces développements la crainte hypothétique d’un conflit généralisé où l’espace ne serait plus une zone démilitarisée.

En résumé, la devise du satellite 39   du National Reconnaissance Office résume bien la situation des Etats face à la maitrise spatiale des USA: Il n’y a rien que nous ne puissions atteindre! 

 

Programmes de la Russie

La Russie envoie de 4 à 6 satellites militaires classifiés par an. Elle en compte une soixantaine souvent appelés Cosmos 2xxx sans autre précision. Les cibles sont du même type que pour les satellites U.S.  Dans le secteur sensible du positionnement, la Russie a son propre système GLONASS, qui est avec le GPS le seul a assurer une couverture mondiale et à être largement ouvert à une exploitation civile.

Guerre électronique

Pour lutter contre l’espionnage par satellite les armées utilisent des systèmes de brouillage ou de leurres. Il faut citer les émetteurs Krassoukha-4 montés sur camions et brouillant les réceptions des satellites.

 

Programmes de la France

La France s’est aussi équipé d’un système militaire de satellites dès les années 90. Plusieurs satellites sont en service comme la famille HELIOS (4 engins) dont trois sont en service pour l’observation (visible et infra-rouge) et pour l’écoute. Elle s’appuie aussi sur les satellites civils TELECOM pour ses liaisons cryptées avec l’équipement Syracuse. D’autres programmes nationaux ou en coopération sont à vocation totalement ou partiellement Défense comme  Elisa (détection radars et systèmes télécom) qui prépare un système ambitieux CERES, Sicral, Athena-fidus (avec Italie) et aussi les Pléiades. A terme vers 2020, la reconnaissance devrait devenir européenne avec le système MUSIS  (satellites CSO), qui remplacerait progressivement Hélios et les satellites SAR-Lupe ( radar allemand) et Cosmo-SkyMed (Italien).

Enfin, la France n’est pas en retard dans la surveillance de l’espace. Le radar GRAVES (Armée de l’air) de surveillance spatiale (jusqu’à 1000 km) permet de détecter les satellites espions qui passent au dessus du territoire. En outre, une couverture mondiale est assuré à partir des territoires d’outre-mer pour surveiller les communications spatiales à la manière du réseau Echelon.  Le nom de FRENCHELON donné (par dérision!) par les Anglo-saxons est généralement retenu pour désigner ce réseau de surveillance.

 

Programmes des autres pays

Nous ne retiendrons que ceux des pays ayant une activité spatiale importante avec une composante militaire. Notamment l’Inde et la Chine.
L’Inde a lancé en 2013, GSAT-7  son premier satellite de télécommunications militaires. De son côté, la Chine a toujours eu un programme militaire important qui a commencé avec des satellites photo Ziyuan  qui larguaient les pellicules. Aujourd’hui  les satellites China-Sat assurent les télécommunications  et le programme Yaogan,  la reconnaissance. Pour montrer sa capacité à détruire un satellite en orbite, la Chine l’a fait avec un de ses engins hors service. Cette démonstration n’a probablement rien appris aux Américains mais a pollué l’espace de milliers de débris dangereux pour les vols spatiaux.

 

CONCLUSION

La conclusion sur la démilitarisation de l’espace ne peut être qu’en demi-teinte tant il est évident qu’en cas de conflit total aucun sanctuaire ne serait respecté. On peut se demander toutefois si, dès aujourd’hui, les états en ayant la capacité technologique n’ont pas déjà exploité toutes les retombées militaires que l’on peut attendre des véhicules spatiaux avec les transmissions, la reconnaissance et la détection des cibles, la surveillance des émissions de toute nature et les agressions  électro-magnétiques potentielles. Comme des trains ultra-TGV, les satellites sont sur des rails et il coûte cher en énergie de les dérouter. C’est ce qui les rend peu adaptés à être armés pour atteindre des cibles terrestres. C’est une retombée positive pour limiter les tentations de militarisation.

Reste une inconnue dans un tableau apocalyptique, la destruction des satellites. Difficile, mais faisable! Imaginez la suite!!

 

 

 

Textes : Jack Muller

crédits image: http://hubblesite.org/gallery http://www.esa.int/