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Des nouvelles
du Congrès International d’Astronautique 2016
(IAC 2016)

Gil Denis (AACE)

 

C’est le grand rendez-vous annuel de la Fédération internationale d'astronautique (International Astronautical Federation ou IAF). Après Jérusalem en 2015, l’IAC 2016 avait lieu cette année au Mexique à Guadalajara, du  26 au 30 septembre. L’Agence Spatiale Mexicaine était responsable de l’organisation locale.

J’ai eu la chance de participer à cette manifestation pour y présenter deux papiers. Voici un bref compte rendu mettant l’accent sur quelques éléments marquants.

Cérémonie d’ouverture de l’IAC 2016 : le discours de Jean-Yves Le Gall Crédit image : Gil Denis
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Make space accessible and affordable for all countries

La coopération internationale est centrale, comme le confirme le thème de l’édition 2016 : «  Rendre l’espace accessible à tous les pays ». Avec 3000 délégués, l’IAC est un évènement très important, avec une logistique impressionnante. C’est sans aucun doute la manifestation internationale de référence pour le spatial dans toutes ses dimensions : le programme technique couvre la science et l’exploration (avec notamment les missions lunaires et martiennes), les applications et les opérations (observation de la Terre, communications, navigations, vols habités, etc.), la technologie (propulsion, matériaux), les infrastructures (systèmes spatiaux, prospective, sécurité et fiabilités, etc.) et le volet espace et société où on trouve aussi bien les symposium sur l’éducation, la politique et les lois spatiales, l’histoire de l’astronautique ou encore les modèles économiques. Cette année, 2175 abstracts ont été acceptés et 1500 papiers ont été présentés.

En marge de la trentaine de sessions techniques, l’IAC propose aussi une grande exposition, des sessions plénières et un « forum de mise en réseau global » (Global Networking Forum ou GNF), des tables rondes permettant de faire le point sur des sujets d’actualités : au fil de la semaine, on pouvait par exemple entendre les responsables des principales agences spatiales, avec entre autres Charles Bolden, Johann-Dietrich Woerner ou Naoki Okumura, présenter leurs projets. Il y avait également de très intéressantes présentations des nouvelles initiatives privées dans le domaine de l’accès à l’espace de l’observation de la Terre ou des constellations de satellites de communication en orbite basse. Y participaient notamment Greg Wyler, le fondateur de Oneweb, Georges Whitesides de Virgin Galactic, Rob Meyserson de Blue Origin ou encore Robbie Schingler, co-fondateur de la société Planet, une des startups du « New space », qui a déjà mis en orbite 150 cubesats pour l’observation de la Terre.

Il y avait également une session sur la mise en œuvre de l’accord de Paris (COP 21) et la contribution du spatial dans la lutter contre le changement climatique, une autre sur la réduction de la fracture numérique en Amérique latine, une présentation des plans spatiaux russes pour la prochaine décade en matière de vols habités, un bilan d’une année à bord de la Station Spatiale Internationale ou encore les plans ambitieux de la Chine, très présente pendant cette conférence, en matière d’observation de la Terre et de télécommunication. Quand on s’intéresse à l’espace, il ne faut pas oublier la Chine…

 

Mars, ça repart…

Accessible and affordable? Mars occupait une place centrale tout au long de la conférence, pas seulement dans le cadre des sessions techniques. Principal sponsor de la conférence, le constructeur américain Lockheed Martin présentait son projet de « camp de base martien » et, partant du lanceur SLS et du rover Mars 2020,  sa feuille de route pour emmener des hommes à la surface vers 2030. Impressionnant…

Le concept de Mars Base Camp. Crédit image : Lockheed Matin
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Chroniques martiennes : Space X devient Space XXL

Mais, sans  aucun doute, l’évènement le plus marquant de la conférence, le deuxième jour, a été l’intervention d’Elon Musk, fondateur et grand patron de SpaceX, présenté comme « concepteur en chef », qui a fait le déplacement à Guadalajara pour présenter son plan martien. Son intervention en séance plénière était très attendue, pas forcément par Lockheed Martin, et était sobrement intitulée : « Making Humans a Multiplanetary Species ».

L’évènement a eu un retentissement exceptionnel, avec une communication très bien orchestrée. Dès la veille au soir, des gens campaient devant les portes de la salle de la conférence pour être sûr d’avoir des places au premier rang. A l’ouverture des portes, le comportement du public ressemblait davantage à celui des spectateurs du grand concert de rock. Difficile de croire qu’il s’agissait d’une conférence sur le spatial…

 

La conférence d’Elon Musk à Guadalajara, très attendue par la presse. Crédit image : Gil Denis
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Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Elon Musk a de l’ambition et semble déterminé à concrétiser ses projets, avec beaucoup de ténacité pour y associer des partenaires. Quel que soit l’avis qu’on peut avoir sur l’intérêt de coloniser Mars, les questions d’éthique et le réalisme des solutions proposées, Elon Musk a le mérite de proposer une vision plutôt cohérente de la conquête spatiale, de savoir la mettre en scène et de la vendre.

J’ai été frappé par l’enthousiasme du public jeune qui assistait à cette présentation. Egalement frappé par la surprise des responsables d’agences spatiales ou les grands industriels américains présents sur place. Le fait d’un acteur privé propose la « vision de référence » est un changement majeur.

 

Une vision et un projet ambitieux : pas un homme sur Mars, des dizaines de milliers…
Crédit image : Gil Denis

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Je reviendrai prochainement plus en détails sur le projet martien de SpaceX, les réactions et les questions qu’il pose : cela mérite un article à part entière…

 

Elon Musk présente sa vision de la colonisation de Mars. Et ça n’est qu’une première étape…
Crédit image : Gil Denis

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Les adieux de Rosetta : le grand saut pour rejoindre Philae

Moins spectaculaire mais très émouvant, la fin de la mission Rosetta et son « atterrissage » sur la comète Churyumov-Gerasimenko alias 67P/C-G a également été l’occasion d’une petite cérémonie d’adieux à Guadalajara, en présence du directeur de l’ESA, de la directrice du DLR et du président du CNES.

 

Réveil difficile

Comme pour Rosetta en janvier 2014, j’ai mis un peu de temps à émerger le vendredi 30 septembre à 4h30… Il fallait se lever tôt pour assister au Mexique à la retransmission des opérations et à la réception des derniers signaux radio envoyés par la sonde Rosetta après 12 ans de bons et loyaux services. Une très belle réussite de l’Europe Spatiale. Et, quand on voit le nombre de personnes prêtes à sacrifier une bonne nuit de sommeil pour observer l’écran d’un analyseur de spectre qui s’éteint, on ne peut être que rassuré sur l’avenir de la diffusion de la culture scientifique, technique et industrielle !

 

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This is this end, beautiful friend… Public nombreux et matinal à Guadalajara pour un grand rendez-vous et
une première pour la fin de la mission Rosetta
Crédit image : Gil Denis

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Rencontres du troisième type

L’IAC est surtout l’occasion de croiser les représentants de la communauté spatiale internationale dans un contexte inhabituel favorisant les échanges : il est assez inhabituel de prendre son café (ou sa téquila) à côté de Sergey Krikalev, un des cosmonautes qui ont passé le plus de temps dans l’espace (il arrive en troisième position avec 804 jours en orbite au total), désormais responsable des vols habités chez ROSCOSMOS.

 

De Gemini 12 à Tiber Trek

J’ai aussi eu l’occasion de discuter avec Buzz Aldrin, le deuxième homme à avoir foulé le sol lunaire au cours de la mission Apollo XI en juillet 1969.

A 86 ans, il reste très actif au sein de l’Académie Internationale d’Astronautique (IAA) et présentait cette année un concept très ambitieux de mission vers mars et au-delà.

Le concept de Buzz Aldrin pour occuper Mars.
Crédit image : Gil Denis

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Retour vers le futur

Le 68ème congrès (IAC 2017) se tiendra du 25 au 29 septembre à Adélaïde en Australie. Viendront ensuite Brême en Allemagne en 2018. Et en 2019 ? Pour le 50ème anniversaire des premiers pas sur la Lune, Les Etats-Unis étaient des candidats naturels : c’est Washington qui accueillera l’IAC 2019. Le choix de la capitale américaine a été annoncé à Guadalajara.

La Fédération internationale d'astronautique est une association fondée en 1951 et basée à Paris. Liée à l'Académie internationale d'astronautique et à l'Institut international de la loi spatiale, l’IAF compte plus de 300 membres dans 66 pays différents, principalement des agences spatiales, des centres de recherche, des universités, des industriels et des associations (la 3AF en est membre). L’IAF publie la revue Acta Astronautica. Jean-Yves Le Gall, le président du CNES, vient de prendre la présidence de l’IAF. Il succède au japonais Kiyoshi Higuchi

 

 

crédits image: http://hubblesite.org/gallery http://www.esa.int/