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GENDARMES DU CIEL

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Les autoroutes spatiales sont très encombrées et ce n’est rien à côté des départementales et chemins vicinaux qui font le tour de la Terre. Dès les années 50, la guerre froide a poussé les Etats-Unis à surveiller l’espace pour prévenir toute arrivée de missiles. Il est probable que l’URSS s’est dotée à l’époque de la même protection.
Ces gendarmes du ciel ont vu progressivement leur mission se compléter avec l’arrivée des satellites opérationnels, puis très vite derrière, avec les objets abandonnés dans la poubelle spatiale par les lanceurs, par les satellites périmés et par les débris que laissent les rencontres inopinées de ces voyageurs sans permis. Cette surveillance de l’espace s’est évidemment élargie aux astéroïdes géocroiseurs qui sont aussi des dangers pour la Terre et aux éruptions solaires dangereuses pour les astronautes et les satellites.

 

LES GRANDS MOYENS AMERICAINS.

Les USA investissent plus de la moitié du budget spatial mondial. Il est normal que pour cette mission de surveillance dont le premier objectif est la Défense, ils disposent d’un système très complet qui est la référence à retenir. De plus, une grande partie de leurs observations n’est pas classifiée et leurs données font l’objet d’une large diffusion internationale

NORAD
North American Aerospace Defense Command

C’est l’organisme commun USA-Canada chargé de surveiller l’espace et plus particulièrement tout missile ou engin volant représentant un danger pour l'Amérique du Nord. Il recense en outre tout satellite actif ou objet abandonné en orbite au tour de la Terre jusqu’au débris de quelques dizaines de centimètres et il peut en fournir des éphémérides.
A plusieurs reprises, ces prévisions ont permis de faire des corrections de trajectoires pour des satellites ou pour l’ISS afin d’éviter une collision avec un débris. Le NORAD est basé à Colorado Spring et il dispose de 3 quartiers généraux en Alaska, au Manitoba et en Floride.

Systèmes de détection

Les principaux équipements sont des radars et la liste des points d’implantation est longue: Californie, Texas, Géorgie, Dakota du Nord, Alaska, Groenland, Ecosse, Cap Cod, etc....Quant aux techniques de détection employées elles sont constamment renforcées (radar transhorizon, radar de puissance, ...). La couverture radar est large, mais elle n’est pas assez précise. De puissants moyens optiques complètent le dispositif.
Des télescopes caméras Baker-Nunn sont utilisés. Ils sont complétés par un système plus performant GEODSS pour la surveillance de l’espace lointain qui utilise 3 stations (Nouveau Mexique, Hawaï et Diego Garcia) et dont les télescopes détectent des objets de 20cm à 300.000 km (toutefois de nuit et sans nuage!).

 

MINOR PLANET CENTER

Cet organisme, financé par la NASA est chargé en relation avec l’Union Astronomique Internationale d’enregistrer et de classer les objets spatiaux naturels, tels que les mini planètes, les astéroïdes et les comètes. Il est aussi chargé au plan international de la publication et de la diffusion des listes et des orbites de ces petits objets spatiaux. Il est alimenté par diverses sources d’information, les satellites, les observatoires, les astronomes amateurs,... .Parmi les plus importantes, on compte les institutions proches des universités ou des grands laboratoires comme LINEAR( USAF, NASA et MIT) qui utilise le télescope GEODSS du Nouveau Mexique et NEAT (JPL) observant au Mt Palomar.

 

DEVELOPPEMENTS EN EUROPE

D’autres pays, notamment la Russie et la Chine assurent une surveillance de l’espace, mais ils considèrent ces informations comme stratégiques et ne les communiquent pas. En Europe, les Etats ont entrepris chacun de leur côté diverses recherches dans ce domaine de la détection des objets spatiaux. La France est probablement la plus avancée avec la création d’une Division Surveillance de l’Espace dans la Défense Aérienne. Elle dispose d’un radar bistatique GRAVES qui détecte les satellites passant au-dessus de notre territoire, de radars d’orbitographie précise SATAM et d’un système expérimental pour surveiller l’orbite géostationnaire. Ce qui lui permet se suivre les satellites espions U.S. qui ne figurent bien sûr, dans aucun catalogue d’objets spatiaux!
Une étape importante a été franchie en 2008 quand l’Agence Spatiale Européenne (ESA) a lancé un grand programme civil de surveillance de l’espace dans l’espoir qu’il fédèrera les efforts dispersés des Européens.

 

SPACE SITUATIONAL AWARENESS

Cet ambitieux programme a été décidé en 2008 avec toutefois un calendrier prudent. Trois ans au moins ont été prévus pour définir et préparer ce projet et les investissements doivent se faire au coup par coup entre 2012 et 2019.
Ce programme couvre la connaissance de la situation des objets dans l’espace proche et la détection des menaces pouvant perturber ou détruire les satellites actifs ou encore provoquer au sol des dégâts venant de l’espace (rentrées d’objets, astéroïdes et radiations.) Il comporte trois volets qui sont:

SST – Space Surveillance & Tracking

Il est prévu des moyens radar et d’observation optique comme au NORAD. Des équipements existants pourraient peut-être contribuer à cette mission. Le radar GRAVES de l’Armée de l’Air, le radar monostatique d’Indra Espacio-Espagne, le radar imageur TIRA allemand.

SWE- Space Weather

Cette veille est déjà assurée mais elle serait coordonnée par le SSA. Elle concerne les éruptions solaires mais aussi l’état de l’ionosphère et des couches protectrices d’ozone.

NEO- Near Earth Objects

Cette surveillance est consacrée aux astéroïdes et notamment ceux qui pourraient entrer en collision avec la Terre. Elle complète la surveillance internationale qui est maintenant très élaborée.
Il reste maintenant à rendre opérationnel ce projet en étant convaincu qu’il entre bien dans les compétences d’une agence civile de recherche comme l’ESA alors que dans tous les autres pays cette activité est assurée par la Défense, y compris dans le cadre d’une coopération comme pour le NORAD.

 

UNE NOTE OPTIMISTE

Il faut croire que l’on s’habitue à ces encombrements de l’espace et aux risques qu’ils font courir. Au moindre astéroïde la presse agite la vieille crainte gauloise du ciel qui va nous tomber sur la tête et les humoristes s’emparent du sujet sans émouvoir grand monde. L’autre bel exemple est l’effort national du NORAD qui chaque fin d’année se charge de guider le Père Noël à la grande joie des petits Américains qui peuvent suivre son traineau sur Internet. Quant à ces débris, il faudra quand même s’en occuper un peu, ne serait-ce que pour la sécurité du Père Noël!

 

Textes : Jack Muller

crédits image: http://hubblesite.org/gallery http://www.esa.int/